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[Gabon]Ali Bongo saisit la Cosumaf pour exiger la restitution immédiate de ses avoirs : BGFIBank évoque une décision de justice

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Après Libreville, la bataille gagne la Cosumaf : l’ancien président réclame l’accès à ses avoirs, la banque invoque une ordonnance judiciaire et les régulateurs régionaux se retrouvent face à une question explosive. Qui bloque quoi, sur quelle base et jusqu’à quand ?

Il y a des portes qui s’ouvrent au premier coup de sonnette et des comptes bancaires qui, eux, semblent avoir décidé de mener leur propre vie politique. Depuis le 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba affirme être privé d’accès à ses avoirs auprès de BGFIBank Gabon. Trois ans après le coup d’État qui a mis fin à son règne, l’ancien chef de l’État poursuit son bras de fer avec l’un des poids lourds de la finance sous-régionale.

Dernier épisode en date : le 12 octobre 2026, sa défense aurait saisi la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf). Après les démarches judiciaires nationales et les recours auprès des autorités de supervision bancaire, le dossier change encore de guichet. À ce rythme, l’affaire risque de devenir le parcours du combattant le plus coûteux de la sous-région : un ancien président à la recherche de ses comptes, une banque derrière une ordonnance et des institutions sommées de départager le droit de la raison d’État.

Le paradoxe est savoureux, mais ses conséquences sont sérieuses : dans une place financière qui ambitionne d’inspirer confiance, le silence autour d’un blocage bancaire aussi sensible peut devenir une question de réputation. La banque dit « ordonnance », la défense répond « montrez-la »

Le feuilleton prend racine dans les semaines qui ont suivi le renversement du pouvoir, en août 2023. Ali Bongo Ondimba et son épouse, Sylvia Bongo Ondimba, affirment ne plus pouvoir accéder à leurs fonds. Une situation qu’ils contestent et dont ils réclament la justification juridique.

Le 8 juin 2026, selon les éléments communiqués dans ce dossier, l’ancien président met BGFIBank Gabon en demeure de lui transmettre ses relevés bancaires et de justifier le blocage de ses comptes. Neuf jours plus tard, le 17 juin, l’établissement répond en invoquant une ordonnance de mise sous séquestre émise par le cabinet d’instruction spécialisé du parquet de Libreville.

Voilà donc le cœur du problème : la banque affirme agir sur la base d’une décision judiciaire ; la défense conteste les conditions dans lesquelles cette décision lui serait opposable.

L’ordonnance existe-t-elle dans les termes rapportés ? Quel est exactement son périmètre ? Quels comptes concerne-t-elle ? À quelles conditions pourrait-elle être levée ? A-t-elle été régulièrement notifiée aux personnes concernées ? Et quelles voies de recours sont ouvertes ? Ce sont ces questions, et non les procès d’intention, qui devraient permettre de sortir de l’impasse.

Car une banque n’est pas un tribunal. Elle ne peut ni inventer une mesure de séquestre ni s’affranchir d’une décision judiciaire régulièrement applicable. Mais elle ne peut pas davantage ignorer une ordonnance valide au motif que son client conteste la procédure. Le droit bancaire ne se résume ni à l’obéissance aveugle ni à l’improvisation : il exige des justifications documentées, des procédures traçables et le respect des décisions de justice.

Le 22 juin 2026, Ali Bongo saisit le tribunal de première instance de Libreville par l’intermédiaire de son avocat, Me Francis Nkéa Ndzigue. Selon le récit de la procédure, il cherche notamment à obtenir une copie intégrale de l’ordonnance de séquestre et engage une action en référé visant la restitution immédiate de ses avoirs.

L’affaire entre alors dans une zone où chaque mot compte. Un séquestre judiciaire n’est pas, en principe, une confiscation définitive. Il s’agit d’une mesure destinée à placer des biens sous contrôle dans des conditions déterminées par le droit. Son existence ne tranche donc pas, à elle seule, la question de la propriété définitive des fonds ni celle de leur disponibilité future. Tout dépend du contenu de la décision, de son champ d’application, de sa durée éventuelle et des recours prévus.

Autrement dit, brandir le mot « ordonnance » ne suffit pas à répondre à toutes les interrogations. Encore faut-il pouvoir expliquer ce qu’elle autorise, ce qu’elle interdit et à qui elle s’applique. À l’inverse, contester la notification d’une décision ne signifie pas automatiquement que celle-ci est inexistante ou juridiquement invalide. Seule l’analyse des actes de procédure permettrait de trancher.

Dans cette affaire, le document judiciaire est devenu le personnage principal d’un scénario dont le public ne possède toujours pas toutes les pages. Et c’est précisément là que la transparence devient essentielle.

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Léo L@pach -

Diplômé en science de l'information et de la communication, journaliste reporter images.

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