Libreville, le 29 octobre 2025. À deux mois de la fin de l’année 2025, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, semble plus que jamais rattrapé par ses propres engagements.
En effet, en décembre 2024, il promettait solennellement la création de 163 000 emplois pour l’année suivante, un engagement présenté comme le socle de sa politique de redressement national. Un an plus tard, le constat est sans appel : aucun recrutement d’envergure n’a été effectué, et des milliers de jeunes Gabonais demeurent sans emploi, désabusés face à un pouvoir qui multiplie les promesses sans lendemain.
Lors de son discours à la Nation du 31 décembre 2024, le président de la Transition avait annoncé avec emphase le lancement de plusieurs projets d’envergure censés porter cette promesse d’emplois. « Ce soir, je vous annonce les trois (3) grands projets d’avenir prioritaires pour la République Gabonaise, qui débuteront au cours de l’année 2025. Il s’agit du port en eau profonde de Mayumba, de la ligne de chemin de fer de Belinga-Boué-Mayumba et du barrage hydroélectrique de Booué. Ces différents chantiers seront créateurs de 163 000 emplois pour les jeunes », avait déclaré le président de la Transition dans son discours à la Nation le 31 décembre 2024.
Ces projets, présentés comme les piliers d’un « Gabon émergent », devaient symboliser la relance économique, la création massive d’emplois et la lutte contre le chômage endémique des jeunes. Peu après son coup d’État du 30 août 2023, Oligui Nguema avait demandé aux jeunes chômeurs de déposer leurs dossiers à la fonction publique et dans divers ministères, laissant espérer un vaste plan de recrutement. Mais la réalité fut tout autre : les intégrations n’ont pas suivi, et plusieurs jeunes n’ont jamais été embauchés.
Cette promesse, au même titre que celle de remettre le pouvoir aux civils, s’est effondrée sous le poids d’un silence d’État. La parole présidentielle s’est dissoute dans les limbes du mensonge politique, trahissant la confiance d’une jeunesse déjà meurtrie par des années d’inaction gouvernementale de l’ancien régime.
Le renouveau annoncé, le désenchantement confirmé ?
Et pourtant, pendant la campagne présidentielle d’avril 2025, Oligui Nguema se voulait le président du renouveau économique, de la lutte contre le chômage et du « plein emploi ». Les 163 000 emplois promis pour 2025 devaient symboliser le renouveau de la gouvernance et la fin de la précarité. Aujourd’hui, cette promesse sonne comme une farce nationale. Elle révèle un électoralisme cynique, une manipulation des espoirs populaires par un discours enjolivé mais vide d’actes concrets. Le projet de société vanté avec tant de vigueur s’apparente désormais à une promesse de Gascon, aussi creux que les discours qu’il alimente.
À l’approche de la fin de l’année, la désillusion est totale. La fonction publique, que le gouvernement dit saturée, demeure un prétexte commode pour masquer l’absence d’une véritable politique d’emploi. L’entrepreneuriat, présenté comme la solution miracle, reste au stade de slogan politique. Aucune réforme fiscale ni mesure d’incitation n’est venue soutenir la création d’entreprises locales. En réalité, le chômage des jeunes s’aggrave, tandis que les autorités semblent davantage préoccupées par les privilèges du cercle présidentiel que par la détresse du peuple.
Une promesse en lambeaux ?
Dès lors, une question s’impose : la libération du 30 août 2023 n’aurait-elle profité qu’à une minorité du cercle du pouvoir ? Pour beaucoup de Gabonais, la réponse ne fait plus de doute. Le changement promis s’est transformé en mirage. Le peuple, trompé par des discours séduisants, se réveille face à la continuité du mensonge politique. Oligui Nguema, qui incarnait l’espoir d’une rupture, risque désormais d’incarner la désillusion d’une génération trahie.
À deux mois de l’échéance fixée, la promesse des 163 000 emplois apparaît comme l’un des symboles les plus éloquents de la supercherie du pouvoir d’Oligui Nguema. Ce manquement n’est pas seulement un échec économique, mais aussi un désastre moral, politique et social. Il démontre qu’au Gabon, la parole publique reste sans valeur, et que les régimes successifs n’ont fait que reconduire la même élite, animée par les mêmes réflexes : conserver le pouvoir, mentir au peuple et étouffer la contestation.
Le peuple gabonais, lui, attend toujours un dirigeant capable de transformer les promesses en actes et les discours en véritables politiques publiques.
Leave a comment